Cinécritique ep.4: Vous n'avez encore rien vu, 2012

Publié le par Le Prophète des Huitres

2.Très Bon

 

            Alain Resnais est un grand cinéaste, c'est un fait établis, mais le bonhomme de 90 ans a-t-il encore des choses à nous dire ? Et bien oui et avec un titre très significatif : Vous n'avez encore rien vu. Le casting est rempli de monstres sacrés du théâtre et du cinéma français qui jouent ici leur propre rôle. L'intro est d'ailleurs amusante, chacun des acteurs va être appelé par un correspondant invisible, Resnais pose d’emblée ses cartes sur table : on n'est pas là pour du jeu d'amateur. D'ailleurs, le réalisateur de Nuit & Brouillard plonge le spectateur dans un monde étrange et envoutant : bienvenue au théâtre !


            L'histoire du film n'est qu'un prétexte, un habile subterfuge présent pour nous faire quitter tout repère. Un dramaturge, Antoine d'Anthac, meurt et demande dans son testament vidéo aux acteurs qui ont joué sa pièce Eurydice de juger si une troupe de théâtre contemporain peut jouer la pièce sur scène. Cette oeuvre n'est nulle autre qu'une variation de l'Eurydice d'Anouilh. Durant la projection d'une captation de cette troupe, les acteurs reprendront peu à peu leur rôle. C'est une mise en abîme colossale où se mêlent plusieurs degrés : les acteurs réels de la première version de la pièce, les acteurs (parfois les mêmes) de la deuxième version et les acteurs de la troupe contemporaine. Resnais a choisi d’illustrer le pouvoir de l'immersion au théâtre, là où pour le spectateur, le décor devient réel et l'on se laisse plonger dans l'imagination. Ici, les acteurs/spectateurs vont quitter leurs canapés et jouer leur personnage, puis, le décor va changer et l'on se retrouvera dans un café de gare ou une chambre d’hôtel. Le réalisateur va user des fonds verts pour créer des décors qui sont étranges, entre possible et impossible. Il va parfois comparer telle ou telle version, avec trois couples d'Orphée et d'Eurydice.


            Il va sans dire que les acteurs sont épatants (malgré certains jeux un peu trop théâtraux pour la caméra) et que l'on vibre aux paroles des deux amants. La pièce d'Anouilh m'étais inconnue et je dois admettre qu'elle a eu sur moi des résonances très fortes. J'ai rarement vu les sentiments amoureux aussi bien exprimés par le dialogue et par le jeu des acteurs (même si Lambert aurait pu se forcer un peu plus). Il est aidé par le système de fonds verts qui réinvente d'une certaine façon le cinéma, les ambiances et les décors poussent le réalisme vers une nouvelle approche. On est au théâtre mais au cinéma. C'est fou, c'est dingue, c'est magique. Une forme aussi propre, léchée et originale au service d'un fond profond et d'une grande qualité. C'est ça le cinéma ! Le cinéma français est bien vivant et il lui reste des tripes ! Tous les réalisateurs devraient se pencher sur cette oeuvre et tenter de comprendre la fraicheur que dégage ce vieillard de Resnais...


            Si vous voulez changer d'air, si vous aimez le théâtre, le cinéma et les surprises, courez voir Vous n'avez encore rien vu ! Le prophète des huîtres lui donne 18 huîtres sur 20.

 

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