Cinécritique ep.7 : Hitchcock, 2012 (sortie FR 2013)

Publié le par Le Prophète des Huitres

 

2.Très Bon

     Le film de Sacha Gervasi s'ouvre sur un plan séquence sur le meurtre de Henry Gein par son frère, une fois son frère tué à coup de pelle, la caméra exécute un panorama sur la droite, laissant apparaître en plan rapproché poitrine Alfred Hitchcock, une tasse de thé à la main. Il boit une gorgée et annonce d’emblée le film : on va parler de son chef d'oeuvre Psycho. Hitchcock est un biopic plutôt classique, sans grande originalité mais le classicisme offre de temps en temps aux spectateurs un petit bijou.


     Nous sommes à Hollywood, Hitchcock vient de finir La mort aux Trousses et cherche une idée pour un autre film tout en étant perturbé par son age. Le choix narratif du film est d'alterner entre le mécanisme de création d'un film (scénario, casting, production, etc...) et son rapport avec sa femme Alma Reville. Ce procédé est certes hyper méga giga habituel mais vu la place que sa femme tenait dans les films « du maitre du suspense » on ne peut qu'applaudir la finesse de l'écriture. Le scénario est habile (l'usage des ellipses est exemplaire par sa finesse et sa lisibilité), pas trop historique ou austère (comme l'est un peu Lincoln) et le film de Gervasi assume totalement le fait qu' Alfred Hitchcock devienne un personnage. Truculent, le profil du réalisateur de Vertigo est complexe et intime mais sans jamais tomber dans le pathos. Ce film est complètement un hommage et on est ici pour voir ce qu'on aime d'Hitchcock : un metteur en scène de génie, un maitre du montage et du suspense ainsi qu'une personne partageant sa vie et son oeuvre avec sa femme...


     La réalisation de Sacha Gervasi est classique et efficace. La caméra se fait oublier et on s'immerge complètement dans le film tout en profitant de très beaux plans sans jamais vraiment quitter l'intrigue. Le montage et le son rappellent quelque peu ceux d'Hitchcock et le film va jusqu'à reprendre des thèmes musicaux célèbres de la filmographie du réalisateur pour notre plus grand plaisir de cinéphile. De plus la mise en scène du film est assez agréable et l’innovation rocambolesque du film consiste à donner à Hitchcock des doutes quant à ses pulsions et les confier à une hallucination : Ed Gein (le véritable serial-killer qui a inspiré Psycho et tant d'autres livres/films). Entre cauchemar et remise en question, Hitchcock réalise que le personnage de Stewart dans Vertigo, c'est lui et sa paranoïa et son obsession transfigurent dans ses films.


     Au niveau de l'actorat, même si Anthony Hopkins joue très bien, ce n'est pas Alfred Hitchcock. Le parti pris du film est d'illustrer un personnage plus ressemblant au niveau de la présence, du caractère et des attitudes qu'au niveau physique (même s'il y a d'immenses efforts assez réussis au niveau des FX). L'affiche est aussi partagée avec Scarlett Johansson qui comme l'on pouvait si attendre est une bonne actrice mais dépourvue (selon moi) de surprise depuis Vicky Cristina Barcelona. La vraie découverte pour moi d'Hitchcock, c'est Helen Mirren (nominée aux Golden Globes pour le film) qui interprète Alma Reville. Son jeu porte vraiment celui d'Hopkins comme son personnage le fait, il y a une magnifique complémentarité et Mirren nous « scotche » à nos sièges. Son rôle n'est de plus pas vraiment évident, une femme de l'ombre avec beaucoup de caractère... Une scène de dispute (je n'en dirai pas plus pour ne pas gâcher le plaisir) révèle habilement le personnage de Alma et le talent d'Helen Mirren.


     Bref, Hitchcock est à mon avis le meilleur biopic que j'ai vu de 2012, même s'il ne sort que le 6 février dans nos salles obscures. Cinéphiles de tout poils, courrez voir ce bijou et sortez de la séance avec plein de musique hitchcockienne en tête ! Le prophète des huîtres lui donne 16 huîtres sur 20.

 

http://www.emanuellevy.com/media/2012/10/hitchcock_poster.jpg

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