Darla. (part 2)

Publié le par Le Prophète des Huitres

La petite fille qui venait d'entrouvrir la porte avait bien une dizaine d'année. Elle portait un polo rose bonbon et une jupe framboise. Ses deux tresses lui donnait un air polisson sur son visage parsemé de taches de rousseur. Une petite voix d'enfant lui demanda qui Darla était. La femme ne déclara qu'un « Salut Jeanne. » terne et éreinté. La fillette étonnée ne lâcha qu'un « Oh ! Comment tu connais mon nom ? » comme réponse. Darla poussa la porte et fixa l'entrée de la maison. Le seul changement qu'elle constata était la présence de jouets pour fille : brosse à poupée, poneys en plastique, poussette miniature... L'ambiance que dégageait le hall était la même qu'elle traversa pour quitter cette demeure, oppressante. Ses jambes refusaient d’exécuter le moindre mouvement. Jeanne l'observait toujours intriguée par le fait que l'adulte connaisse son nom alors qu'elle était sur de ne l'avoir jamais vu. La fillette se retourna et cria « Maman, il y a une dame qui connait mon nom dehors ! », se qui fit sortir Darla de ses souvenirs dans un sursaut. Un bruit qu'elle devina venir de la cuisine annonçait qu'un nouveau personnage allait faire son entrée sur scène. Un amas de bigoudi entra dans le cadre du hall. La femme qui venait d'arriver portait un tablier que l'on aurait put confondre avec une toile cirée des années 70. Les couleurs usés de son habit assemblées aux bigoudis multicolores donnait à cette femme d'environ 53 ans une allure que l'on pourrait qualifier de comique. Darla ne bougea pas. Sa respiration était saccadée. La femme en face d'elle semblait avoir la même attitude. La réflexion de Darla sur Sergio Leone une minute auparavant prenait à présent tout son sens. Jeanne se sentait mal à l'aise, sa mère et l'inconnu se dévisageaient avec des regards que la jeune fille n'avait jamais vu.

Soudain une larme se forma dans l'oeil droit de la mère. Le liquide se regroupa en goutte sur le bord de la paupière. Son cil trembla un instant faisant frémir la larme. Darla observa la chute de cette gouttelette sur la joue de la femme. Elle glissa le long de son visage pour rejoindre le menton où elle stagna un instant avant de partir s'écraser sur la moquette aux pieds de la femme. Darla saisie cet occasion pour agir la première. « Salut maman.» Les yeux de Jeanne s'ouvrirent à leurs maximum et elle répéta dans un souffle le dernier mot de l'inconnue. « Maman ? ». La femme aux bigoudis trembla et répondit d'une voix sanglotante « Bonjour ma chérie. ». « T'es ma soeur toi ? » demanda Jeanne après un instant. Darla fit quelque pas, passant devant la fillette et ferma la porte derrière elle, plongeant le hall dans l'obscurité. Leurs yeux mirent quelques temps à s'habituer à la pénombre soudaine. Darla chercha de la main l'interrupteur que sa mémoire plaçait à gauche de la porte mais Jeanne fut plus rapide qu'elle. La lumière se fit dans l'entrée, éblouissant les acteurs de cette étrange scène. « Allons dans la cuisine, il faut qu'on parle. Jeanne, va dans ta chambre s'il te plait. » déclara Darla alors que son ventre la lançait. La mère de Jeanne acquiesça. La petite monta les escaliers et on entendit une porte se fermer à l'étage. Après un court instant, Darla partit en direction de la cuisine laissant son sac sur la moquette de l'entrée. La cuisine non plus n'avait pas changé depuis que Darla avait quitté la maison. Les murs jaunes étaient une sorte de peau, témoin de l'age de la demeure, et au papier peint qui s'effritait, le pavillon ne datait pas d'hier... Elle s’assit à la table où un maigre bouquet tentait d'égayer celle-ci dans un verre bleue McDonald en plastique. Sa mère s'installa sur le coté droit de la table. Elles ne se regardaient pas. « Comment vas tu maman ? » demanda enfin Darla. « Moi ? Bof, je vieillis. Je me complais dans un bien morne quotidien. Depuis que ton père est partit, je m'occupe seule de Jeanne. C'est une gamine intelligente, tu sais. Elle est maintenant à l'école où tu étais. Sa maitresse, c'est Mlle Wasburn, la fille des voisins. Tu t'en rappelles, vous jouiez ensemble autrefois dans leur jardin? » Sa fille fixait le pauvre bouquet,« Oui, je m'en souviens, ils ont d'ailleurs coupé l'arbre où nous avions caché nos lettres d'amoureux quand nous étions mômes. » Sa mère frémit. « Non, maman, pas celles de Fred. » Les yeux de la femme se troublèrent. Elles revivait surement les souvenirs qu'elle avait tenté d'oublier durant dix ans. « Ne tournons pas autour du pot Darla, pourquoi être revenue ici après avoir disparu pendant cinq ans sans donner de nouvelles ? Tu sais que je me suis inquiétée. Tu te rends compte de ce que j'ai souffert ? J'ai dus mentir à tout le monde pour garder la tête haute. Moi qui avait plein de principes, voilà que je renie tout pour toi et tu m'abandonnes avec Jeanne. Pourquoi ? Pourqu... » Elle ne finit pas, emporté par un sanglot qu'elle tenta d'étouffer avec sa main. Darla pencha la tête et se concentra sur ses mains posées sur la table pour essayer de faire abstraction des larmes qui montaient en elle, de son ventre qui la martyrisait et de savoir que Jeanne était à l'étage.

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